Elle constitue le fondement de la sécurité cognitive et de la résilience face à la mésinformation, à la manipulation et aux divisions.
Pour les systèmes éducatifs qui confèrent aux élèves les compétences dont ils ont besoin pour réussir dans la vie courante d’aujourd’hui, la pensée critique est plus que jamais une nécessité impérieuse.
Cinq points essentiels à connaître sur la pensée critique
1. Elle s'appuie à la fois sur l'inné et l'acquis
Les sciences de l'apprentissage démontrent que la pensée critique n'est pas une compétence unique, mais un processus de développement complexe qui intègre des dimensions cognitives, sociales et affectives. De l'ouvrage de Vygotsky, « Mind in Society » (1978), à la taxonomie de Bloom (1956), en passant par les travaux de Kuhn sur le raisonnement métacognitif (1999), il a été démontré que le raisonnement évolue grâce à l'interaction, l'expérience et la réflexion. De nombreux systèmes éducatifs considèrent la pensée critique comme une compétence distincte pour pouvoir l’intégrer dans les programmes, la pédagogie et les évaluations, étant donné que tout le monde s’accorde à reconnaître qu'elle peut être développée tout au long de la scolarité.
2. Elle s’acquiert dès le plus jeune âge et continue à se développer tout au long de l'adolescence
Les recherches en psychologie cognitive montrent que le raisonnement et la pensée critique s'appuient sur des compétences fondamentales acquises plus tôt, qui se développent et murissent ensuite tout au long de l'adolescence. Le raisonnement et la pensée critique peuvent être stimulés dès la petite enfance, lorsque les enfants apprennent à questionner, comparer et justifier leur pensée. Ces compétences se renforcent mutuellement en complément de l’apprentissage fondamental de la lecture, de l’écriture et du calcul. Dès l'âge de 3 ans, de nombreux enfants sont capables de reconnaître les informations erronées et d'identifier les sources fiables.
Les enseignants peuvent jouer un rôle essentiel en forgeant et en développant ces compétences auprès d’élèves de différents âges, grâce à des questions, des dialogues et des activités d'exploration qui relient le raisonnement aux apprentissages quotidiens. En Inde, le programme « Enseigner au bon niveau » illustre cette synergie : les enseignants ont regroupé les élèves par niveau d'instruction, intégré la résolution de problèmes entre pairs et initié des activités pratiques pour mettre en application les compétences acquises, ce qui a permis aux élèves de réaliser des progrès considérables dans les domaines de la lecture, de l’écriture et du raisonnement.
Bien que la pensée critique puisse être cultivée tout au long de la scolarité d’un élève, de la petite enfance à l'âge adulte, les méthodes d'enseignement varient en fonction du développement cognitif. Les enseignants peuvent utiliser des exemples concrets et la découverte guidée avec les plus jeunes, tandis que les élèves plus âgés bénéficient d'applications concrètes et de démarches d'investigation ouverte. Par exemple, le programme d’éducation BRAC au Bangladesh associe l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul à la résolution créative de problèmes, et montre que les élèves plus âgés que l'âge officiel de leur année d’étude peuvent encore renforcer leurs capacités de réflexion fondamentales et d’ordre supérieur lorsque la pédagogie privilégie l'application plutôt que la mémorisation.
3. Il est possible de développer la pensée critique, quel que soit le contexte
Des techniques de dialogue simples, des discussions entre pairs et l'apprentissage par le récit peuvent améliorer les capacités de raisonnement sans nécessiter de ressources matérielles coûteuses ni d'investissements importants dans la technologie ou les infrastructures.
Par exemple, des initiatives menées au Nigeria utilisant la méthodologie Questionstorm pour apprendre aux enfants à penser de manière plus critique, philosophique et créative reposent sur une approche allant de la réponse à la question : les apprenants reçoivent des “réponses” et sont invités à générer un ensemble diversifié de questions pertinentes qui pourraient les précéder. Cette pédagogie vise ainsi à éloigner les élèves de la mémorisation mécanique et de la reproduction des connaissances, pour leur apprendre à interroger l’information et à remettre en question leurs présupposés, développant ainsi davantage leurs compétences en pensée critique.
4. La réforme de la formation des enseignants et des évaluations est essentielle
Si les examens valorisent la mémorisation, de nombreux enseignants continueront à enseigner en fonction des tests. Les enseignants ont besoin d'une formation professionnelle sur les stratégies de questionnement et l'animation d'échanges. Les systèmes d'évaluation doivent tester le raisonnement, et pas seulement la mémorisation.
Une étude au Pakistan met en évidence la difficulté d'évaluer les compétences de raisonnement au-delà de la lecture et du décodage de base. La leçon dépasse les frontières : la réforme des programmes et la formation des enseignants doivent être menées comme des stratégies intégrées et non comme des étapes successives.
5. La pensée critique se développe mieux lorsqu'elle est intégrée dans toutes les disciplines et les compétences socio-émotionnelles
La pensée critique se développe mieux lorsqu'elle est délibérément intégrée dans toutes les disciplines académiques et liée à l'apprentissage socio-émotionnel (ASE) qui renforce à la fois les comportements sociaux et les résultats scolaires. Des études récentes mettent en évidence des corrélations positives entre l'empathie, qui constitue une composante essentielle de nombreux programmes d'ASE, et la pensée critique. Ces études semblent indiquer que lorsque les élèves s’entraînent à adopter différentes perspectives et à réfléchir, ils renforcent non seulement leurs relations, mais améliorent également leurs capacités de raisonnement.
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