Vers un secteur éducatif fondé sur les données en Gambie : l’impact du leadership et de la collaboration

Des exemples concrets mettant en perspective les progrès accomplis par la Gambie dans le renforcement du SIGE et les enseignements qui peuvent inspirer des initiatives similaires dans d’autres pays à faible revenu.

par Luis Crouch, Alpha Bah, et Evans Atis
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Lecture : 5 minutes
Des élèves s'entraident pendant un cours de mathématiques à l'école secondaire pour filles St Josephs à Banjul en Gambie. Crédit : Banque mondiale/Florio

Des élèves s'entraident pendant un cours de mathématiques à l'école secondaire pour filles St Josephs à Banjul en Gambie.

Credit: Banque mondiale/Florio

Ce blog s’appuie sur une publication récente qui explore l’évolution de la Gambie vers un secteur éducatif fondé sur les données, soulignant le rôle central du leadership et des partenariats dans le développement du système d’information pour la gestion de l’éducation (SIGE) du pays.

La Gambie illustre parfaitement la manière dont un leadership stratégique et une collaboration efficace au sein d'un pays partenaire du GPE peuvent permettre la mise en place un système d’éducation fondé sur les données qui répond aux besoins du secteur éducatif en matière de gouvernance et de gestion.

Confronté à la nécessité d’accomplir davantage avec moins de ressources, le système d’éducation de la Gambie a délibérément exploité les données du système d'information pour la gestion de l'éducation (SIGE) afin de mobiliser au mieux les ressources, de planifier les interventions et d'optimiser l'efficience pour soutenir l'apprentissage des enfants.

En raison des contraintes budgétaires, l’investissement du pays dans l’éducation est resté relativement faible au cours de la dernière décennie, représentant en moyenne 2,5 % du produit intérieur brut (PIB).

Cependant, la Gambie a su utiliser ses ressources de manière optimale et a obtenu des résultats remarquables en matière d’éducation : le taux d’achèvement du cycle primaire est équivalent à la moyenne de l'Afrique subsaharienne et le taux d'achèvement du premier cycle du secondaire y est près de 30 % plus élevé, alors que le pays consacre 40 % de moins à l'éducation.

Quels ressorts expliquent cette réussite ? À la lumière de ces résultats, quelle pourrait être la prochaine étape pour les pays aux caractéristiques similaires avec la Gambie ?

Des interventions cohérentes et complémentaires : deux décennies d’innovation stratégique et de collaboration

Au cours des vingt dernières années, portée par un leadership soutenant une approche holistique et cohérente, la Gambie a progressivement transformé son système d’information pour la gestion de l’éducation par le biais d’une série d'étapes stratégiques.

S'appuyant sur le modèle opérationnel unique du GPE, la Gambie a réuni tous ses partenaires du secteur de l'éducation afin de soutenir les priorités du pays visant à transformer son système éducatif en s’attaquant à un obstacle majeur au progrès : les données et les éléments factuels.

Cette interaction complexe entre les structures basées sur les projets des partenaires et la capacité d'un pays à intégrer et à soutenir des initiatives offre des enseignements précieux aux partenaires de développement et aux autres pays qui cherchent à renforcer leurs systèmes éducatifs et leurs efforts en matière de données.

  • Au début des années 2000, avec le soutien du Département pour le développement international du Royaume-Uni (DFID), la Gambie fut l’un des premiers pays en Afrique subsaharienne à utiliser les données géospatiales dans la planification de l’éducation en introduisant la technologie des systèmes d'information géographique (SIG).
  • Entre 2006 et 2008, l’Institut de statistique de l'UNESCO (ISU) et l’Institut international de planification de l'éducation (IIPE) ont accéléré le renforcement des capacités au sein du pays en utilisant codes d’identification normalisés des écoles ainsi que des outils de simulation des inscriptions scolaires et des coûts qui, plus tard en 2020, ont permis d'estimer et de distribuer rapidement des fonds d'urgence pendant la pandémie de COVID-19.
  • Entre 2009 et 2018, la Gambie a élargi la collaboration régionale grâce à des initiatives menées par l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) visant à établir des normes pour les systèmes d’information pour la gestion de l’éducation, à promouvoir l'apprentissage entre pairs et à affiner les pratiques transfrontalières en matière de données.
  • Depuis 2019, l’innovation se poursuit avec l’adoption du DHIS2 (Système d’information pour la gestion de la santé) pour l’éducation visant à recueillir les données individuelles, développé avec le soutien technique et financier de l'Université d'Oslo et du GPE. Les partenariats avec Google, Microsoft, Cisco et l’Université d’Oslo ont permis d’obtenir des outils numériques de pointe et de mettre en place des formations avancées, notamment avec l’introduction d’un programme de master en données de l’éducation à l’Université de Gambie, renforçant ainsi davantage les compétences techniques au sein du pays.

La cohérence entre ces interventions résulte avant tout du leadership de la Gambie, qui a su tirer les leçons de l'expérience et travailler de manière stratégique avec ses partenaires pour harmoniser les différentes contributions, en veillant à leur complémentarité — plutôt qu’à la redondance ou aux conflits — et à la consolidation durable des progrès accomplis.

Le gouvernement, tout comme ses partenaires, ont fait preuve d'adaptabilité et d'une volonté d'apprendre, leur réussite étant en grande partie due à des dirigeants qui ont su construire au fil du temps une mémoire institutionnelle et des réseaux solides.

Tirer parti de la force et de la valeur des partenariats et de la collaboration à long-terme pour amplifier l'impact

L'évaluation des coûts et des avantages du renforcement des systèmes de données de l'éducation grâce à des approches collaboratives est un exercice complexe. Cependant, les partenariats ont souvent apporté des avantages significatifs, notamment en termes de réduction des coûts et de partage des ressources.

La contribution d’un partenaire peut indirectement faciliter la tâche d’un autre, même si les deux ne collaborent jamais officiellement. Par exemple, l'investissement réalisé plusieurs années auparavant par un partenaire pour géoréférencer et attribuer des codes d'identification (ID) aux écoles en Gambie a servi de base à des initiatives ultérieures portant sur le système, permettant de réduire le coût des interventions suivantes (par ex., l'intégration du système et les processus de microplanification) ou même de les rendre possibles.

Le système amélioré d'information pour la gestion de l'éducation est devenu un élément essentiel pour une prise de décision efficace dans le secteur de l'éducation en Gambie, notamment dans les domaines de l'affectation des enseignants, des programmes d'alimentation scolaire et de la planification des infrastructures :

  • En exploitant les données du système, les autorités chargées de l'éducation sont désormais en mesure d'assurer une répartition équitable et équilibrée des enseignants entre les niveaux scolaires, positionnant ainsi la Gambie comme un leader en matière d'équité dans la taille des classes.
  • L'intégration de données en temps réel sur l'assiduité a également transformé les initiatives d'alimentation scolaire, permettant aux programmes nutritionnels de cibler et d'atteindre efficacement 40 % des enfants souffrant de malnutrition dans le pays.
  • L'utilisation de la cartographie du système d'information géographique dans la planification des infrastructures signifie qu'aucun enfant ne doit de marcher plus de 3 kilomètres pour se rendre à l'école, garantissant un meilleur accès à l'éducation pour tous.

Ce ne sont que quelques exemples. Ensemble, ces progrès entre autres soulignent l’importance des systèmes de données améliorés dans la mise en œuvre de changements significatifs à travers le pays qui sont centrés sur les élèves.

Toutefois, ces collaborations impliquent également des coûts cachés.

La coordination nécessaire pour adapter les processus et s’affronter aux réalités d’un environnement où les ressources sont limitées, en intégrant divers apports au fil du temps, a entraîné des coûts cachés importants. Par exemple, la coordination de la formation sur la production de données relatives à l'éducation a nécessité des efforts considérables de la part du GPE et de CISCO afin de garantir la pertinence du contenu pour les participants.

Ces coûts cachés pourraient être progressivement réduits pour d’autres pays à mesure que l’initiative s’étend, puisque les processus de coordination nécessiteraient moins de temps et d’efforts.

Un enseignement important pour les collaborations entre pays partenaires et pays donateurs est de définir clairement les besoins mutuels dès le départ et de fournir des attentes détaillées, tout en sachant que des ajustements seront nécessaires à mesure que l’expérience s’accroît.

La prochaine étape

Grâce à un leadership efficace et à une vision claire, la technologie peut faciliter le renforcement et l'intégration des systèmes de données au sein du secteur de l'éducation et au-delà, les rendant ainsi plus inclusifs.

L'innovation numérique permet la disponibilité des données en temps réel, ce qui peut améliorer l'efficience en favorisant une répartition équitable et une utilisation optimale des ressources humaines, matérielles et financières.

Les systèmes d'information pour la gestion de l'éducation au Kenya, au Rwanda et en Afrique du Sud constituent également de bons exemples de gestion des données au niveau des élèves et de leur intégration avec d'autres systèmes de données administratives gérés par les ministères gouvernementaux.

Au Rwanda, la plateforme SIGE est reliée au système intégré d'information de gestion financière et au système intégré d'information sur le personnel et la paie du pays, tandis que la plateforme SIGE de l'Afrique du Sud est reliée au système national de protection sociale qui recueille des informations sur la sécurité sociale et la protection de l'enfance, et la plateforme SIGE du Kenya est intégrée au système national de gestion de la santé.

L'expérience de la Gambie démontre qu'une réforme de l'éducation fondée sur les données est possible même dans des contextes où les ressources sont limitées, à condition de donner la priorité au leadership, à la collaboration et à l'apprentissage.

Pour les partenaires de développement et les décideurs politiques, le message est clair : il est essentiel d'investir dans les processus menés par les pays, de renforcer les capacités institutionnelles et de favoriser une culture d'utilisation des données. Les répercussions peuvent transformer non seulement les systèmes éducatifs, mais aussi des sociétés entières.

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Lire l’étude de cas sur la Gambie

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